mercredi 28 mars 2018

CAHIER HEMA NOIR - chapitre 56

photo L. Sch.



56.
Les touches blanches, enfin, pas tout à fait blanches du piano, pas blanches comme est blanche la neige, mais un peu blanc cassé, ou ivoire (faux ivoire), mais blanches quand même par contraste radical avec le noir des touches noires, comme c’est le cas pour quatre-vingt-dix-huit pour cent des pianos, sauf quelques hammerklaviere que j’ai vus, du XVIIIe siècle, facture spéciale, à Anvers ou Dresde, où c’était l’inverse, les noires étaient claires, sinon blanches, et les blanches étaient marron foncé sinon noires, ça dépendait du bois choisi pour les lamelles, les touches blanches de mon piano Kühne qui se trouvait dans la pièce dite du piano au rez-de-chaussée de ma maison, les touches blanches n’étaient plus blanches, ni même blanc cassé, ou ivoire, faux ivoire, les touches blanches de mon piano étaient noires, noires comme les touches noires, ce piano sur lequel j’avais depuis l’adolescence fait du Clementi, du Kuhnau, du Czerny, un peu de Schubert, la sonate dite facile de Mozart, la Barcarolle de Mendelssohn, le premier mouvement de la Clair de Lune, je le faisais bien, assez bien, je pense, ce premier mouvement de la Claire de Lune, presque pas Bach, Bach m’intimidait, sauf le premier prélude du Bien-Tempéré, toutes les touches de mon piano, les noires & les blanches étaient noires, et gondolaient, n’étaient plus vraiment dans le rang, les touches de mon piano Kühne, fabriqué à Dresde, n’étaient plus vraiment jouables, parce que mon piano avait brûlé.




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