jeudi 26 novembre 2015

pente passablement pentue

peinture de Pierre Aleschinski




chapitre XLII

 1.

Un sondage Gallup, en janvier 1939, demanda aux Américains s’ils étaient d’accord d’accueillir dans leur pays 10 000 enfants juifs fuyant l’Allemagne nazie. Deux tiers répondirent : non.

 

2.

Ça s’allume.

 

3.

Pour ce qui est de Markson, en ce moment je lis deux de ses livres simultanément, « La maîtresse de Wittgenstein » en français, traduit par Martin Winkler, et « Vanishing Point », en anglais, c’est un tourbillon, et un engrenage, et un vertige, une mélancolique jubilation, une irritation aussi, ça vous fouette pour vous faire avancer, et vous avancez en sentant tous ces fouettements, tous ces noms propres, c’est une addiction, il vous les lance à la figure, vous pensiez que ces noms vous étaient propres, que personne n’avait plus jamais prononcé les noms de Vasari, del Sarto, de Quincey, et le voilà qui se les approprie, à commencer par Wittgenstein, qui à mon avis appartient tout aussi légitimement à Thomas Bernhard, même si chez lui il ne s’agit que du neveu, enfin, je dis tout ça pour ne pas me mettre en avant, j’assiste à ma lente descente sur la pente, qui est une pente passablement pentue, et ça finira par me conduire où je ne veux pas aller, les ascenseurs s’ensablent (l’ai-je dit ?), les cerfs-volants prennent feu (l’ai-je dit ?), j’ai un doigt à moitié gelé qui va sans doute mourir.

 

4.

Ça s’éteint.

 

5.

Nous aurions tous pu/voulu le faire, et je l’ai sporadiquement & partiellement fait : quelque chose comme « This is not a novel » de Markson, (que l’ami Claro a traduit en français, sans traduire le titre), une hantise, un amoncellement de hantises, une démence, une saturnienne démence, un livre à n’en plus finir.

 

6.

Biographèmes qui, avec tout leur poids de désastre, tiennent en un seul misérable verbe.

 

7.

J’ai différé des centaines de pages, peut-être importantes, pour des raisons dérisoires : dérobade et déguisement. Entre la note-crachat et les trois-phrases qui tiennent debout : écrire avec discipline. Chaque mot-graine contiendra une page et chaque page contiendra quelques mots-graines qui feront chacun une nouvelle page. Et ainsi de suite. — (texte retrouvé, 08 06 1977)

 

8.

Au référendum du 7 juin 2015 sur l’octroi du droit de vote pour les résidents étrangers vivant depuis plus de dix ans au Grand-duché, près de 80% des Luxembourgeois ont dit : non.

 

9.

Dans la connotation d’allumer il y a déjà éteindre. Une fois allumé ça se consume. La connotation est une signification affective et parfois compulsive qui s’ajoute aux éléments permanents du sens d’un mot. Ce qui est allumé va fatalement se consumer. C’est ce que les sémiologues (Peisse, Huelmslev, Bloomfield, Rinehard, Winston, Kapsberber, Durantoc, Høgstetter, Vaillantat, Klockwaiser et tant d’autres) vous expliquent en zyeutant un peu du côté des poètes : puisque l’amour c’est quelque chose qui brûle, l’amour, chaque amour, va, et ne peut aller, que vers ses cendres. C’est la loi irrémédiable de l’entropie. Et le langage s’en donne à cœur joie d’entériner cela, en vers ou en prose.

 

10.

J’aurai, dans ma vie de lecteur, mis soixante ans à découvrir Markson. A propos de « Wittgenstein’s Mistress”, D. F. Wallace disait: A work of a genius. An erudite, breathtakingly cerebral novel whose prose is crystal and whose voice rivets and whose conclusion defies you not to cry.

 

 LA LIASSE DES DIX MILLE FRAGMENTS    





mardi 24 novembre 2015

prière du soir

peinture de Pierre Aleschinski


chapitre XLI

 

1.

Au petit matin d’une maussade journée de novembre, une lumineuse page dans les « Épîtres » d’Horace, aucun maître ne me dicte où aller, je vais où le temps me porte, hôte passager…

Combien, aux « Épîtres » de saint Paul, je préfère celles d’Horace ; le Romain n’est à aucun moment excité, exalté, excessif, et s’il y a des exhortations dans ses écrits, elles concernent l’art de vivre et non pas la terreur d’être damné pour l’éternité.

Horace écrit dans la deuxième moitié du dernier siècle avant le déferlement de la neurasthénie chrétienne et de ses morbides vertiges métaphysiques.

 

2.

La licorne, dite aussi unicorne, oublie toute sa férocité et sa nature sauvage à cause de son intempérance qu’elle ne sait dominer : son goût pour les demoiselles est si vif, que, mettant de côté tout soupçon, elle s’approche de telle jeune fille assise, et s’endort dans son giron ; et les chasseurs alors peuvent s’en emparer. — sur un feuillet de Léonard de Vinci

 

3.

Le 14 avril 2000, au Tribunal international de La Haye, le témoin O., raconte comment, en juillet 1995, à 17 ans, au bord d’un champ près de Srebrenica, les soldats serbes lui demandent de se déshabiller, ses habits lui collent à la peau à cause de l’urine desséchée, le champ est jonché de cadavres, il est debout, avec d’autres hommes, quelques soldats ont pris position derrière eux, on leur donne l’ordre de se coucher, et aussitôt la fusillade commence. Un peu plus tard, quand silence s’est fait, le garçon lève la tête et aperçoit parmi les nouveaux cadavres un autre survivant, il rampe vers lui et tend ses mains ligotées, et l’autre, avec ses dents défait la corde. L’homme porte un t-shirt et une chemise qu’il enlève pour la déchirer en bandelettes : il panse la blessure de O. qui peu après s’endort sur les genoux de l’homme, car il n’avait plus dormi de puis très très longtemps. Ils restent ainsi jusqu’au matin. Puis l’homme le réveille et lui demande : où allons-nous ? Et le garçon répond : Je ne sais pas.

 

4.

Mon amante, en allemand se dit meine Geliebte, ce qui signifie, et rien de plus que : mon aimée.

L’amant (latin : amans, celui qui aime) ne devrait jamais dire mon amante — qu’est-ce qui l’autorise à dire d’une femme qu’elle l’aime ?

 

 

5.

A lire ce que Léonard écrit sur les animaux, on est surpris de constater que le plus souvent il se contente de répéter ce que l’on pouvait lire dans les encyclopédies et compilations médiévales où le monde animal est conçu de manière mythique et symbolique. Ce n’est pas dans ce domaine-là que Léonardo se montre pionnier, aucune empirie, aucune recherche — au point que la médiévale Hildegarde de Bingen, pour ce qui est des animaux, semble souvent bien plus pertinente que le génial savant de la Renaissance.

 

6.

A Karachi, le 1er février 2002, Khalid Sheikh Mohammed, tranche la gorge du journaliste Daniel Pearl, ensuite le décapite, plusieurs hommes sont présents à la scène qu’ils documentent en vidéo, ils coupent le cadavre en dix morceaux, creusent un trou dans le sol de l’endroit et enfouissent la dépouille dépecée. Ensuite ils lavent le plancher plein de sang pour pouvoir étendre leurs tapis. Et ils font la prière du soir.

 

7.

Une semaine après les attentats, une jeune femme, à la tombée du jour, devant le Bataclan tient devant elle une pancarte sur laquelle elle a marqué : « Je suis musulmane — Daech ne l’est pas ». On la voit discuter avec d’autres jeunes femmes, et à la fin, larmes aux yeux, elle leur demande : un câlin.

 

8.

Mourir : ire ad plures, disaient les Latins, aller là où sont la plupart.

 

9.

Comme savant et philosophe, Léonard de Vinci n’a jamais rien publié, mais laisse des milliers de feuillets, en partie épars, en partie réunis en liasses et fascicules, papiers éparpillées en Italie, en France, en Angleterre, en Espagne, et même aux États-Unis. Des tentatives ont été faites de d’ordonner le fatras de ces notes en les regroupant thématiquement. Ainsi, en rassemblant les fragments sur les animaux, on peut établir un bestiaire de Léonard.

 

10.

Qu’est-ce qui pouvait faire croire à l’amant que la femme qu’il aimait l’aimait ?

Quand elle te dit je t’aime, cela ne compte que pour la fraction de seconde où elle le dit. Pas au-delà. Jamais au-delà.

 

 


LA LIASSE DES DIX MILLE FRAGMENTS





étincelle d'or

peinture de Pierre Aleschinski



dans le maussade matin de novembre
grisaille, silence & solitude

puis sous la lumière de l’abat-jour
quelques vers dans une épître d’Horace

aucun maître ne me dicte où aller
je vais où le temps me porte, hôte passager

dans la poisse & la mélasse
étincelle d’or et de joie


il n’y a pas rien quand il y a les mots


NOUVEAUX NEUVAINS    



jeudi 19 novembre 2015

misérable chimie

peinture de Pierre Aleschinski


chapitre XL

 1.

Disais-je. A plusieurs reprises. Laisse-moi te regarder pisser. Mais elle ne voulait pas.

 

2.

Rosée scintille, et gelée blanche crépite, une oreille hypersensible entendrait les cristaux crépiter, rosée de si nombreux matins, gelée blanche de tant de froides saisons, dedans les strates de la terre tant de squelettes, os blancs enrobés de boue, und die Lachtauben gurren, maladie vieillesse chagrin débandade, le sourire est parti où il n’y a plus qu’un crâne, au fond d’une boîte en laiton, un ruban, une mèche de cheveux, quelques cartes postales, quelques lettres, des noms, des prénoms, la gelée blanche étreint les dahlias, mortellement, und die Lachtauben gurren, la bouche était si belle qui souriait, os blancs enrobés de boue, on est vivant, tellement vivant et on écoute la gelée blanche crépiter, et pendant que rien ne se passe, on colle un timbre sur une carte postale de novembre.

 

3.

Le petit chemin sur la colline traverse un bosquet formant une tonnelle qui donne de l’ombre, c’est l’été, nous nous arrêtons pour nous embrasser, puis soudain elle s’agenouille devant moi & me prend dans la bouche.

 

4.

Images et bribes de récit stockés au fil des décennies dans des milliards d’alvéoles de la cervelle, prodigieuse prouesse de la combinatoire chimique, alerté soudain par un mot, par un nom, par un contour, par un son, par une couleur, par une saveur, telle ou telle alvéole se met à vibrer, la capsule éclate et lâche son contenu à vif, ce qui avait été si longtemps enfoui surgit, et voici David dans la fournaise, David dans la fosse aux lions, et une main de spectre écrit en lettres de feu sur la paroi du palais royal, mene tekel upharsin (Daniel, V, 30), et la nuit, in selbiger Nacht (H. Heine), le roi meurt assassiné, Rembrandt inscrit les mots sur son « Belsazer » en 1635, formes, mots & couleurs dans l’alvéole, comme si cela m’appartenait, mais je ne fais que passer, furtivement, je ne suis, avec toute ma misérable chimie, qu’un clignotement sans conséquence.

 

5.

Photo de Lee Miller où l’on voit Max Ernst poser ses deux mains sur les seins nus de Leonora Carrington.

 

6.

Disais-je. Je ne désire que toi. Plus tard elle n’aima plus que je dise ça.

 

7.

Jentgen, je ne me souviens plus de son prénom, c’était le préféré de notre prof de dessin, Harold Thomé, classe de VIe, nous avions treize ans, dessinions sur une grande feuille une scène avec des indiens, Jentgen s’appliquait et  dessinait de façon minutieuse, avec de pittoresques détails, sa feuille parsemée de bonshommes, tous pareils, avec leurs arcs et leurs flèches, et ci & là un cactus géant, nous trouvions cela enfantin et ridicule, (plus tard j’apprendrai qu’on appelle ça l’art naïf), le prof était ravi et Jentgen obtenait la meilleure note. Et pareil pour les autres sujets, cette année-là, pour le château-fort, pour les feuilles d’automne, pour les Vikings,  pour les masques de Carnaval, Jentgen obtenait toujours, et de loin, la meilleure note.

8.

Je me souviens des odeurs de la gouache. L’odeur du jaune. L’odeur du bleu.

 

9.

Je ne saurais dire ce qui a fait éclater aujourd’hui l’alvéole Jentgen, autant le nom que le visage. Sinon, aucune nouvelle de lui, peut-être qu’il est mort depuis trente ou quarante ans.

 

10.

Zizanie dans les pronoms. Quand je disais elle, elle pensait que les gens pensaient que c’était elle. Alors qu’il y a au monde pas loin de quatre milliards de femmes.

 


LA LIASSE DES DIX MILLE FRAGMENTS

mardi 17 novembre 2015

carpettes & chiffonniers...

peinture de Pierre Aleschinski

chapitre XXXIX

 

1.

C’est la mi-novembre et il nous reste des soucis. — (texte retrouvé, 10 11 1984)


2.

Le séjour de Ménilmontant / c’était cinq cent trente quatrains / tout un roman, n’en reste rien / sauf deux qui font bon résumé // pas question que j’aille dedans / je vais et viens au creux de l’aine / et gicle sur sa blanche peau / elle ne sent rien – moi non plus // la malamante est partie / sur la paroi de la baignoire / je recueille deux jolis poils / de son incolore toison  — (texte retrouvé dans un livre épuisé, « Le Papillon de Solutré », décembre 1994)


3.

« Pocas veces en la vida nos dedicamos a observar por algún instante nuestra mirada, esa mirada que mientras se mire a sí misma, logra escapar de lo vano y efímero, estériles apariencias y letales prejuicios que deshonran nuestro infinito potencial de crear y volar, de soñar y luchar, de amar lo que somos porque somos TODO lo que necesitamos para vivir en la más absoluta e inquebrantable Felicidad. » — (texte trouvé, commentaire d’un inconnu sur une séquence d’un film de Luc Besson, avec Jamel Debbouze)


 4.

Cinq mots ajoutés aujourd’hui à mon vocabulaire anglais : doormat, hangman, to pawn, womanizer, ragpicker.


5.

A la base des notations biographiques, il y a indéniablement du narcissicisme, mais d’avantage encore une curiosité vive et quasi entomologique : ça fonctionne comment, la bestiole humaine ?


6.

L’un fabrique une chaise, l’autre dirige un opéra, le troisième fesse sa marmaille, moi, je devrai écrire. (texte retrouvé, 09 02 1960, journal, vol. 16, p. 159)


7.

C’est la mi-novembre, et sur ma terrasse l’agapanthe bleue, sur deux tiges, intrépide, fleurit. Dans un mois j’irai voir ses cousines à 12 000 km d’ici, can’t wait for it.


8.

Le Luxembourg, en 1965, gagne le Grand Prix Eurovision de la Chanson, avec France Gall qui chante « Poupée de cire, poupée de son », elle a dix-sept ans.


9.

Qu’il faut prendre encore & à nouveau un petit élan pour proser (Prosakittel ! disait Walser), après tout un temps de friche & de déprime, et le gros & lourd Petit Larousse a disparu où j’allais souvent hameçonner l’un ou l’autre vocable, par pure gourmandise des mots, bizarres noms de poissons et rêver à des plongées atlantiques, au gré du Gulf Stream, là où est passé le labour des corvettes vénitiennes & génoises, réminiscences qui s’incrustent dans une des nombreuses circonvolutions de mon cortex passablement abîmé, dans le vignoble des dizaines de milliers de tuteurs impeccablement alignés, et la concomitante jaune joncherie, mélancolique apaisement de l’automne, l’année s’épuise, et moi aussi.


10.

Stéphane Nick Jean-Jacques Thomas Guillaume Haalima Hadda Chloé Emmanuel Maxime Quentin Ludovic Elodie Ciprian Claire Nicolas Baptiste Nicolas Manuel Anne Précilia Aurélie Elsa Alban Vincent Asta Romain Julie Elif Fabrice Romain Thomas Mathias Germain Grégory Christophe Julien Suzon Mayeul Véronique Michelli Matthieu Cédric Nohemi Juan-Alberto Pierre-Yves Thierry Olivier Pierre-Antoine Raphaël Mathieu Djamila Mohamed Pierre Nathalie Marion Milko Hyacinthe Marie Guillaume Renaud Gilles Christophe Antoine Cédric Charlotte Emilie Fanny Yannick Cécile Lamia Marie Justine Quentin Christophe Hélène Victor Bertrand David Manu Anne Marion Lâcramioara Caroline Sébastien François-Xavier Richard Valentin Estelle Thibault Madeleine Kheiseddine Lola Patricia Hugo Maud Valeria Fabian Ariane Eric Olivier Stella Luis-Felipe

 

LA LIASSE DES DIX MILLE FRAGMENTS



dimanche 15 novembre 2015

Fragments du journal intime de Dieu - fragment 11 289





FRAGMENTS DU JOURNAL INTIME DE DIEU


Fragment 11 289 — Au Paradis qui existe maintenant depuis deux mille ans, les bienheureux Pensionnaires passent leur temps, euh, je veux dire, leur éternité dans une tranquillité, une sérénité, parfois, je dois dire, un peu à la limite d’une sorte de béate torpeur, — bref, ils se reposent à fond et pour de bon.
A une exception près : la Sainte Vierge.
Depuis quelques décennies, elle n’arrête de s’agiter. On entend parfois chuchoter dans les célestes couloirs, d’un ton gentiment narquois : « elle a encore fait une de ses descentes… »  En général, pour ce genre d’escapades, elle met sa robe bleue.
Les mortels, en bas sur Terre, appellent ça des apparitions ; depuis le XIXe siècle ils en ont répertorié 2400 ; un de leurs scribes, l’abbé René Laurentin, dans un gros livre, sur mille quatre cent vingt-six pages en a fait le catalogue scrupuleux, avec tous les détails toponymiques, chronologiques, circonstanciels.
Le plus souvent, elle va voir des enfants, de préférence illettrés — et ces enfants ensuite racontent aux adultes ce que la Vierge leur a dit.
Les adultes sont impressionnés, construisent des basiliques et organisent des pèlerinages lors desquels ils font chanter des cantiques et mettent en place des étals avec des bougies, des chapelets, des bouteilles d’eau bénite et des statuettes de la Vierge en robe bleue.

Avec Paul, Pierre et Jésus, entre nous en petit cercle, on ne parle jamais de ces choses-là, ça ne les intéresse pas.



samedi 14 novembre 2015

tuer ou ne pas tuer en islam




Tuer ou ne pas tuer en islam


-- par Lambert Schlechter --


 « ne tuez pas la personne humaine, car Allah l’a déclarée sacrée »,
Coran, sourate VI, verset 151 (traducteur non identifié) verset que quelqu’un a posté ce matin sur facebook

Cela m’a interpellé, et j’ai voulu mieux comprendre. Et j’ai fait ma recherche, pour examiner puis juxtaposer les traductions de ce verset, qui date de l’époque mecquoise pendant laquelle les dictées divines du Coran sont plus paisibles & pacifiques que celles de l’époque de Médine, qui sont guerrières et souvent rudes et agressives.

J’ouvre d’abord ma version du Coran, dans la traduction de D. Masson (Gallimard, 1967) le verset se lit comme ceci :

ne tuez personne injustement ; Dieu vous l’a interdit
cette traduction comporte une restriction (« injustement ») complètement escamotée dans la version de départ.

J’ai voulu en savoir plus ; je suis allé consulter plusieurs des nombreux sites musulmans sur le net et j’ai juxtaposé les traductions proposées (toutes sans le nom d’un traducteur) : elles confirment toutes ce sens restrictif de l’interdiction de tuer.

ne tuez qu'en toute justice la vie qu'Allah a fait sacrée
http://islamfrance.free.fr/doc/coran/sourate/6.html
àhttp://www.islam-fr.com/coran/francais/sourate-6-al-an-am-les-bestiaux.html

[interdit] d'attenter, sauf pour une juste cause, à la vie d'autrui que Dieu a déclarée sacrée 

vous ne tuerez point – DIEU a fait la vie sacrée excepté dans le cours de la justice

ne tuez personne, car Dieu a rendu sacrée la personne, sauf dans l’exercice d’un droit légitime

La belle et si vigoureuse citation de départ, il convient donc de la reconnaître & démasquer comme abusivement apologéti-que - intentionnellement tronquée, bref mensongère.

Cela donne à réfléchir.

Les tueurs de Paris, ont-ils désobéi aux injonctions d’Allah dans le Coran ? Ou seront-ils reconnus par Allah comme d’authentiques djihadistes et martyrs?

Dans plus d’un verset du Coran il est dit explicitement que les infidèles, il faut les tuer, et que telle est la volonté d’Allah.

Cette doctrine a été lapidairement confirmée par le Savant musulman Sheik Issam Amira, dans une conférence à la prestigieuse Mosquée Al-Aqsa du Caire, le 1er mai 2015 les infidèles, il faut les éliminer. Il dit : cela n’a pas de sens de laisser jouir les infidèles de la vie dans ce monde et manger les provisions accordées par Allah, alors qu’ils ne croient pas en lui. Non !
à sur le site memri TV / 
relayé par http://iamnotashamedofthegospelofchrist.com/2015/05/12/
al-aqsa-mosque-address-we-should-fight-polytheists-who-refuse-to-convert-to-islam-or-pay-jizya/

La vie humaine, déclarée sacrée : cela ne vaut donc pas pour les non-musulmans.



Et Allah, dans son infinie miséricorde, va sans aucun doute accueillir comme martyrs les djihadistes qui viennent d’assassiner plus de cent personnes et d’en mutiler quelques centaines d’autres.




mercredi 11 novembre 2015

bribaire façon

peinture de Max Beckmann




chapitre XXXVIII

1.
Ne rien attendre. Mais être attentif à ce qui est. (texte retrouvé, 06 03 1994)

2.
Les milliers biographèmes de l’année 1994, ce sont autant de bribes d’un roman qui ne sera jamais écrit. À les épingler ci & là, arrachés aux feuillets, cela compose un archipel d’îlots évanescents dans une mer de néant.

Cahier de 154 pages, écrit du 6 au 17 mars 1994, fatras d’où je pourrais extraire quinze ou vingt lignes. Cahier sauvé des flammes. Et donc précieux. Pardon du narcissisme. Un cahier sur cent, c’est la proportion. La plupart des biographèmes abîmés à jamais. Paléontologie sinistrée.

3.
Je lui avais dit : « Je ne te pose pas de questions sur toi ». Je ne voulais rien savoir. Je ne voulais pas entendre le mot nuit. (texte retrouvé, 06 03 1994)

4.
Une des choses que je risque : être le confident de ses nuits d’hôtel. (texte retrouvé, 07 03 1994)

5.
Ces moments magnifiques et troublants lorsque dans « Trois Couleurs Blanc » Karol s’enfonce profondément dans Dominique et les cris de jouissance qui croissent jusqu’au blanc.

Heureusement que je n’étais pas assis à côté d’Elle lorsque cela se passa sur l’écran.

Mais j’étais à côté d’Elle, lorsque, à la fin de « Fin de partie », la cave infernale s’est ouverte sur le ciel ensoleillé. Ouverture aussi, ainsi, de la vulve sur l’éblouissement de l’orgasme. (texte retrouvé, 11 03 1994)

6.
Brautigan commence son dernier livre ainsi : J‘ai vu une chaussure de femme toute neuve au milieu d’un carrefour tranquille de Honolulu… (texte retrouvé, 11 03 1994)

7.
Les avatars de l’appréciable appendice, la coda de l’affaire que je suis. Avant de me déchirer, cela devrait m’émouvoir qu’elle ait eu envie de cette autre bite. Elle ne voulait pas être femme seule ce soir-là, elle s’est arrangée. J’ai acheté quinze enveloppes, très chères, très belles. Ce sera pour mes lettres. Quinze. Écrirai-je encore quinze lettres ? Je suis à la fois confiant et incrédule. J’aurai le temps d’écrire quinze lettres. A la mi-mars je pense aux lettres que peut-être j’écrirai. Occupation si essentielle. Les quelques feuilles qui resteront. Cet effort, sans cesse, de parler contre l’aphasie j’ouvre la bouche, aucun mot, je crie, aucun son. Si j’avais droit encore à quelques mots, quels sont les mots que je choisirais ? (texte retrouvé, 12 03 1994)

8.
Elle commence à écrire vers l’âge de trente-cinq ans, elle s’ennuie souvent à la cour impériale où elle est dame de compagnie de l’impératrice Fujiwara no Teishi. L’idée lui vient d’écrire. Pendant une dizaine d’années, de 1001 à 1010, Sei Shônagon écrira son « Makura no Soshi » [Notes de chevet], un des livres les plus originaux de la littérature mondiale. Fatras de notes primesautières, Montaigne ne fera pas mieux un demi-millénaire plus tard. Ses humeurs, ses observations, ses réflexions, ses descriptions. Elle est ma lointaine sœur aînée, je lui rends souvent visite, et elle m’accueille sans façons. Elle m’encourage à persévérer dans ma bribaire façon d’écrire.

9.
S’il n’y avait que les songeries, les tourments de l’âme… Mais il y a aussi cette soif du corps, l’inextinguible instinct du membre qui se dresse et ne pense qu’à ça : pénétrer il recherche constamment l’occasion de ressentir la sensationnelle sensation de pénétrer, et au sexe pénétrable le cœur donne un visage, et inversement, ce visage qui obsessionnellement hante le cœur (ce regard, ce sourire) : s’en approcher, l’atteindre, se l’approprier en pénétrant le sexe auquel appartient ce visage. (texte retrouvé, 17 03 1994)

10.
« As-tu été heureux dans ta vie ? Et si oui, combien de temps ? » Cela pourrait être une question dans l’impitoyable questionnaire de Max Frisch. Je réponds sans hésiter : J’ai été heureux dans ma vie, pendant quatre ans, en me disant à chaque instant je suis heureux.

Heureux : À cause d’une femme. Et encore un inécrivable roman de deux mille pages.


LA LIASSE DES DIX MILLE FRAGMENTS



lundi 9 novembre 2015

ramassis

Hans Sebald Beham, gravure, 1530



chapitre XXXVII


1.
Les petites phrases parfois un peu simplettes de Bobin en disent plus long sur la vie et la mort que maintes savantes & jargonneuses dissertations sur le phallus symbolique et la vulve métaphorique. (texte retrouvé, 26 03 1996)

2.
Dans mon « Larousse » il y a tout cela pour s’ériger : le monument, le tribunal, la cathédrale, tout cela, sauf la bite.

3.
Le « Gaffiot », mon vénérable dictionnaire latin, pour vagina ne donne que : gaine, fourreau, étui, enveloppe, faisant l’impasse sur le sens anatomique ; son disciple « Bornecque » fait de même. C’étaient (et sont encore) les dictionnaires attitrés de plusieurs générations d’étudiants latinistes.

Et pour membrum, l’acception sexuelle est escamotée ; mentula [quéquette] par contre est répertorié, sans doute à cause de sa fréquence chez les poètes.

4.
Dans ses « Epigrammata de diversis rebus, LXIV », Ausone évoque un certain Castor à qui était venue l’envie de lécher des membres d’homme, lambere cum vellet mediorum membra virorum, mais comme il ne trouvait personne qui veuille venir chez lui, il s’en consola en léchant sa femme, uxoris coepit lingere membra suae…

5.
Dans le fabuleux paysage de la caresse : le périnée pour l’anatomiste un endroit secondaire sans trop d’intérêt, pour les amants un Pérou mirifique. (texte retrouvé, 08 06 1977)

6.
Petit Larousse au confessionnal : J’ai encore semé à tous les vents…

7.
Deux mésanges viennent soudain batifoler parmi les plantes de ma terrasse. Les hirondelles sont parties depuis longtemps. Les mésanges restent, un poète tang ferait là-dessus un poème un peu mièvrement mélancolique.

8.
Mes éventuels hagiographes, qui commencent à cogiter à leurs posthumes obligations, faudra fermement les avertir que dans l’ultime mouture il conviendra de ne pas omettre de marquer à quel point j’aurai été, aussi, un prédateur sans scrupules.

9.
E** disait ta mésange pour mon membre avec lequel elle jouait tendrement, lui faisant un nid chaud de sa main, mésange d’hiver.

10.
Parmi ce ramassis de caillasse, je placerai de temps à autre, promis, une petite pierre un peu taillée.

LA LIASSE DES DIX MILLE FRAGMENTS