lundi 16 avril 2018

CAHIER HEMA NOIR - chapitre 65

peinture Antonio Saura






65.
Épisode, mot que je haïrai jusqu’à la fin de mes jours, si tant est qu’on puisse dire qu’on hait un mot, mais je m’entends, et ça me rafistole un peu, gesticulation histrioniquement vengeresse, ma vie continue, écrivait Flaubert dans une lettre, continue à se passer sans le moindre épisode, je ne dirais jamais que je hais le mot hérisson, ou le mot Orion qu’on trouve chez Homère et Horace, dans la logique solipsiste de mes fragments disjoints se télescopent les philologismes, les narratèmes et les protocoles de (médiocre) santé, puis dans un narratème, elle dit : tu as été un épisode, et l’épisode est terminé, point, il marquait aussi des narratèmes comme : j’ai égaré le capuchon de mon porte-plume, l’encre va dessécher, je ne vais plus pouvoir amorcer mes phrases, ni mes narrations ni mes méditations, narrations partiellement documentaires, partiellement fictionnelles, méditations parfois décisives quant au thème, parfois parodiques quant aux motifs cervantesques, puis l’écharde traumatisante remue  impitoyablement dans la plaie, le poignard du mot épisode, épisode point, aucun fer, écrit Babel, aucun fer ne peut pénétrer le cœur humain avec un froid aussi mortel qu’un point placé au bon moment, et pendant que je trébuche & bascule, Orion trottine sur son éternel orbite.




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