dimanche 19 juillet 2015

tout cela

photo L. Sch.


il est une chose qu’il me faut dire
dire sans cesse & répéter

dans le champ sur la colline
j’ai coupé quatre grands tournesols

de retour chez moi j’ai ouvert un livre
où il est question de Walser et de Penna

à considérer l’univers, les fleurs & les poètes
il est une chose qu’il me faut dire :

tout cela est si poignant et si vain

Neuvains, vol. 4 


.

jeudi 16 juillet 2015

tant de vie...

photo L. Sch.






parfois, quand il n’y a pas trop de nuages
dit Dieu, je les épie, les tout petits humains

restant à bonne & prudente distance
je me divertis à les voir s’affairer

leurs métropoles autoroutes escaliers & trottoirs
leurs montagnes forêts champs et jardins

tant de vie, tant d’agitation et d’impatience
milliards de manières d’aller vers la mort

aucun d’eux ne se prend pour une fourmi




Neuvains, vol. 4


mardi 23 juin 2015

Bratislava






François Nourissier, « Bratislava »



Quand se posa la question : Comment reconstituer, après le Feu, le domaine Nourissier, je sus tout de suite que ce ne pouvait être que ce livre-là qui devait au départ s’intituler, latinement, « De l’âge » mais parut finalement sous le titre « Bratislava ».

Ce n’est pas un roman, mais des bribes d’essais autobiographiques en de courts chapitres thématiques autour de l’obsession du vieillissement   genre de lecture qu’entre toutes je préfère.

Aussitôt commandé, le revoici, neuf, vierge, dans l’édition Grasset & Fasquelle de 1990, l’auteur avait 63 ans, il est mort 21 ans plus tard, en 2011.

J’apprécie chez François Nourissier la lucide amertume, le cynisme tonifiant, la narcissique autodérision, bref, c’est un salutaire empêcheur de béatitude.

Me manqueront, dans ce livre neuf, les nombreuses traces de mes précédentes lectures, plusieurs chapitres lus plus d’une fois, à des années de distance, il y avait chaque fois le lieu & la date de la lecture.

*

Dans les mois, peut-être les années à venir, la question va se poser pour d’autres auteurs : par quel ouvrage veux-tu que tel écrivain soit de nouveau présent dans la bibliothèque ?

Pour beaucoup, évidemment, un seul livre ne suffira pas. Pour Beckett, et cinquante ou cent autres, je dirai : tout, puisque j’avais tout.

"Feu ma bibliothèque"
travail en cours 


mercredi 17 juin 2015

l'éternité...





ce soir je ne vais plus sortir
acheter Blanquette ou Coq au pinot

il me reste du thon & de la mayo
des câpres et des tomates cerise

ce sera mon repas auto-préparé
de ce beau jour de juin

jour où je me suis surtout nourri
de Jacques Izoard et de JP. Klée

et l’éternité de Jésus je m’en branle


NOUVEAUX NEUVAINS, vol. IV

blanc silence





vertige, ce matin sous le parasol
à lire dans Jacques Izoard, vertige

six vers, ou cinq, parfois quatre
télégrammes à nulle déité dédiés

vertige des mots qui mot après mot
instaurent blanc silence

écrire le mot neige en plein été
écrire le mot mort sous le parasol

rien ne console, Jacques, mais tu me combles


NOUVEAUX NEUVAINS, vol. IV